Oui, mais non !
Je suis entièrement d’accord avec la première partie de votre message, je trouve moi aussi que le fait de « célébrer » aux dates fantoches du 1er novembre, 1er février, etc. est plus du domaine du folklore que de la réelle tradition celtique, et qu’il est donc très important de retrouver les dates originelles du festiaire celtique.
Par contre pour le reste, j’avoue n’être plus tout à fait en osmose avec vos propos. Il est juste de dire que les peuples préhistoriques « ont été capable de remarquer les périodes de l’année où la durée de la nuit égalait celle du jour… de la nuit la plus longue et… de la nuit la plus courte ». D’ailleurs selon certains chercheurs les peintures de la grotte de Lascaux serait une représentation du ciel à cette époque… donc oui, nos ancêtres connaissaient les positions fondamentales de la course du soleil. Pour nous le prouver nous avons le monument de Stonehenge (observatoire astronomique), celui de Goseck et le disque de Nebra entre autres.
Chez les Celtes, bien que, comme vous le soulignez, « la tradition mythologique et religieuse des Celtes était essentiellement construite sur un symbolisme astronomique », il n’est pas juste, à mon avis, de dire que la tradition s’est figée « sur les dites positions du soleil par rapports aux constellations du Cerf, du Sanglier, du Taureau ou de l’Ours, telles qu’elles se présentaient au troisième millénaire avant notre ère […] c’est-à-dire aux solstices et aux équinoxes », et cela pour une raison simple : les druides n’ont jamais célébrer les points culminants des saisons que sont les solstices et équinoxes ! Ils célébraient, environ une quarantaine de jours avant, l’entrée dans la dite saison. Voilà pourquoi nous nous trouvons approximativement autour des dates de « commémoration », si pratique des (néo)druides.
Maintenant si vous voulez vraiment retrouver les dates « officielles » des célébrations druidiques, il vous faudra chercher dans le calendrier de Coligny lui-même. Seul vestige de la connaissance astrologique des druides antiques.
Après une attentive lecture de ce calendrier, nous pouvons constater que douze notations reviennent chaque année au même jour. Pouvant pour certaines d’entre elles, à cause du rajout du mois embolismique, varier d’un mois à l’autre.
Ces inscriptions sont :
Premier semestre
Sa. 2a ____ TRINOXTION SAMONI SINDIU ____ D.Q.
Ri. 4 ____ BRIGIOMU ____ P.Q.
Ri. 13 ____ DEUORTOMOS IUGO ____ D.Q.
Ri. 8a II, III, V rétro. en Du. 8a I, IV ____ PETIMA UXA I ____ N.L
Ri. 10a ____ PETIMA UXA II ____ N.L.
An. 4 ____ OCIOMU ____ P.Q.
Second semestre
Si. 7 II, III, V rétro. en Gi. 7 I, IV ____ TIOCOBREXTIO ____ P.L.
Si. 9 II, III, V rétro. en Gi. 9 I, IV ____ SINDIU ____ P.L.
Ed. 7 II, III, V rétro. en El. 7 I, IV ____ TIOCOBREXTIO ____ P.L.
Ed. 8 II, III, V rétro. en El. 8 I, IV ____ TIOCOBREXTIO ____ P.L.
Ed. 10a II, III, V rétro. en El. 10a I, IV ____ SINDIU ____ N.L.
Ca. 15 ____ TIOCOBREXTIO ____ D.Q.
De même une treizième inscription LUGOUOS apparaît, elle, tous les cinq ans le deuxième jour du mið d’anagantio.
J’y vois, pour ma part, les noms et l’emplacement des anciennes fêtes traditionnelles.
Premier semestre
Sa. 2a ____ TRINOXTION SAMONI
An. 4 ____ AMBIUOLCATO
Second semestre
Si. ou Gi. 7, 8, 9 ___ BELOTENNIA
Ed. ou El. du 8 au 10a ____ LUGINAISSATIS
Comme nous venons de le voir, les sacrifices druidiques sont inscrits dans un calendrier luni-solaire et polaire, axé sur l’alternance du sombre et du clair. Sont observance doit être rigoureuse. Fondé sur des données astronomiques l’on attache une grande importance à certains jours des cycles solaire et lunaire, aux éclipses, au passage du soleil dans une nouvelle constellation, etc. Ces phénomènes déterminent les jours de fête et règlent les pratiques religieuses.
Tout comme les deux semestres composant notre année, qui sont identiques tout en étant différents, c’est-à-dire qu’ils comportent chacun six mois, et en cela sont semblables, mais dont la division interne est différente, tout comme les mois aux quinzaines inversées (claire-sombre) par rapport aux semestres (sombre-clair), les sacrifices druidiques traditionnels subissent ce que MM. D. Laurent & M. Treguer nomment « la particulière conception druidique bipolaire inversée de la mesure du temps où les deux forces antagonistes, les ténèbres et la lumière, s’organisent autour d’un point d’équilibre et non à partir ou en direction d’un point d’amplitude maximum ».
Les anciennes commémorations traditionnelles, c’est-à-dire les Trinoxtion samoni, l’Ambiuolcato, les Belotennia et la Luginaissatis fonctionnent de la même manière. Dans le premier semestre se trouvent deux fêtes fixes mais mobiles alors que dans le second semestre on rencontre deux fêtes mobiles mais fixes.
Les dates fixes mais mobiles :
Les fêtes célébraient dans le premier semestre le mið de samon- 2a pour les Trinoxtion samoni et le mið d’anagantio- 4 pour l’Ambiuolcato, sont fixes puisque commémorées toujours le même jour dans le même mois, tout au long des lustres, des siècles et des cycles. Mais astronomiquement parlant sont mobiles puisque par leur « fixité » elles peuvent se retrouver soit dans le signe du Crucos (Scorpion) ou de la Meda (Balance) pour les Trinoxtion samoni, soit dans le signe du Scoillarios Durias (Verseau) ou du Boccos (Capricorne) pour Ambiuolcato.
Les dates mobiles mais fixes :
A l’inverse, les fêtes mobiles situées dans le deuxième semestre se retrouvent en mið de simiuisonna 7 dans les années II, IV et V, rétrogradée en mið de giamoni- 7 dans les années I et III pour les Belotennia, et en mið d’edrini- 7 dans les années II, IV, V, rétrogradée en mið d’elembiu- 7 dans les années I et III pour la Luginaissatis. Mais, par contre, sont parfaitement fixes par rapport aux signes dans lesquelles elles doivent apparaître, c’est-à-dire celle du Taruos (Taureau) pour les Belotennia et celle du Maros Cattos (Lion) pour la Luginaissatis.
En plus de cette intéressante observation astronomique, nous pouvons remarquer une autre particularité concernant ces fêtes. Celles-ci sont dédiées alternativement à un dieu puis à une déesse, et sont à caractère chtonienne puis lumineuse dans le premier semestre et, inversement, lumineuse puis chtonienne dans le second.
Premier semestre
TRINOXTION SAMONI ____ Dis-ater ____ chtonienne ____ hiver ____ air
AMBIUOLCATO ____ Brigantia ____ lumineuse ____ printemps ____ eau
Second semestre
BELOTENNIA ____ Taranis ____ lumineuse ____ été ____ feu
LUGINAISSATIS ____ Maria Talantio ____ chtonienne ____ automne ____ terre
Je pense donc, comme vous, que « l’importance de ces instants était tellement grand pour nos anciens Druides, qu’il convient de les respecter et de les célébrer » au moment opportun et, ainsi, « toucher au divin celtique ».