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 « Chez Tolkien, l’amour des mots précède l’intention mythologique »

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AuteurMessage
Catusagios
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Date d'inscription : 13/05/2008

MessageSujet: « Chez Tolkien, l’amour des mots précède l’intention mythologique »   Mer 10 Déc 2014 - 12:24

« Chez Tolkien, l’amour des mots précède l’intention mythologique »


L’auteur de «Bilbo le Hobbit» était aussi un poète et un philologue médiéviste qui, en créant l’univers de la Terre du Milieu, a également construit des langues imaginaires très élaborées. Rencontre avec Charles Delattre, spécialisé en langues, littératures et mythologies gréco-romaines, qui a participé au «Dictionnaire Tolkien», paru chez CNRS Éditions.

Passionné par les langues construites, pourquoi Tolkien qualifiait-il son amour des mots de « vice secret » ?
Charles Delattre1 : Tolkien était médiéviste et enseignait à Oxford la linguistique et les langues nordiques. Il était ce qu’on appelle un philologue, un spécialiste des textes anciens. Cette discipline, à son époque, vise à rétablir le contenu original de textes connus par plusieurs sources, c’est-à-dire à sélectionner le texte le plus authentique possible, à partir de manuscrits, d’éditions imprimées ou d’autres sources. Ainsi, toute son œuvre fait écho à la tradition mythologique du Moyen Âge, à la littérature arthurienne, aux sagas islandaises, au poème héroïque en vieil anglais Beowulf (une épopée chevaleresque), aux anciens livres gallois, aux légendes celtiques, aux Eddas scandinaves, à la littérature haut-saxonne, nordique, germanique, anglo-saxonne… mais également aux littératures et mythologies grecques et latines. Il affirmait ironiquement n’avoir écrit Le Seigneur des anneaux que dans le but de bâtir un monde rendant naturelle une salutation entre deux Elfes. Il écrit, dans une lettre en 1951, vouloir « redonner une mythologie à l’Angleterre », mais on peut dire qu’il y a chez Tolkien quelque chose de plus important encore, c’est le plaisir de l’écriture : l’amour des mots précède chez lui l’intention mythologique.

Comment peut-il inventer plusieurs dizaines de langues avec leur propre généalogie ?
C. D. : Il est pleinement conscient de la structure des langues telle qu’on la comprend à cette époque-là, en particulier les langues indo-européennes, et des règles qui organisent leur évolution. C’est une science qui est relativement neuve parce qu’elle s’est établie à la fin du XIXe siècle. Même si tous les problèmes ne sont pas résolus, loin de là, il a cette technique caractéristique du philologue, du maître de langues anciennes ou disparues, ce qui lui permet de créer des langues non seulement originales, mais qui en plus fonctionnent. C’est-à-dire qu’on peut s’amuser éventuellement, à condition de connaître le vocabulaire et d’en inventer un peu, à parler les langues de Tolkien !

Mais elles ont surtout une cohérence interne identique à la cohérence des langues véritables. C’est là qu’il est beaucoup plus fort que les auteurs de science-fiction ou de fantasy qui inventent des langues : non seulement il en invente plusieurs, mais il crée une cohérence entre elles. Et c’est une logique de type scientifique : c’est un plaisir pour les linguistes et les chercheurs en linguistique ou les spécialistes en langues disparues de lire Tolkien pour se replonger finalement dans ce qui fait partie intégrante de leur travail. On le retrouve sous forme de fiction, sous forme de plaisir littéraire.

Ses langues proliféraient un peu comme une matière vivante ?
C. D. : C’est le travail de toute une vie qui donne une consistance et une cohérence à un matériau qui continue de croître en fonction des idées qui surgissent. Tolkien a dans ses brouillons une dizaine de livres qui n’ont jamais été achevés, restés à l’état d’ébauches, de brouillons inaboutis. Et les langues elles aussi bourgeonnent, continuent à fleurir, à se développer, mais toujours dans une recherche de cohérence. Il veut donner une réplique des corpus mythologiques et des langues anciennes disparues. Il se détourne de la culture classique gréco-romaine, qui lui semble trop évidente : donc les personnages qu’il crée parlent des langues qui empruntent à l’Europe du Nord. Mais, en même temps, on retrouve de la culture classique qu’il réécrit consciemment ou inconsciemment. On reconnaît des formes bien connues : derrière Galadriel se trouve Circé par exemple. Mais il ne l’a pas inventée tout de suite. En fait, Tolkien passe son temps à se réécrire lui-même sur l’espace de vingt ou trente ans. Il peut accumuler ainsi sept ou huit versions d’une même histoire, qui finalement a radicalement évolué. Ce qui est fascinant, c’est qu’on retrouve à la fin du processus des formes extrêmement classiques. Galadriel notamment était un homme dans la première version, et donc elle ne ressemble pas du tout à ce qu’elle est devenue. Ce n’est que progressivement qu’il fait entrer ce personnage dans un moule très classique, celui de la figure de la magicienne ensorceleuse, que l’on trouve dans l’Odyssée d’Homère et dans des romans de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance. Ce qui est compliqué en termes d’héritage chez lui, c’est qu’il finit par retrouver par l’écriture ce qu’il n’a pas imité directement.

Comment Tolkien arrive-t-il à donner à ses langues une apparence d’historicité ?
C. D. : C’est ce qui est fascinant pour un amateur de mythologies justement : on peut finalement transformer l’œuvre de Tolkien en mythologie à condition de prendre l’ensemble de ses brouillons et de ses versions. D’habitude, on étudie des auteurs très différents, d’époques diverses, et on espère reconstituer une sorte d’unité. Là, l’unité est posée dès le départ, mais en même temps elle est tellement diverse, tellement réécrite, elle apparaît sous des formes tellement différentes que, finalement, on peut reconstruire une mythologie comme on le fait pour une mythologie finlandaise ou gréco-romaine. On dispose notamment, grâce à son fils Christopher Tolkien, de douze volumes de brouillons qui nous donnent la genèse de l’œuvre, mais aussi les repentirs, les transformations radicales, les modifications, les changements de perspectives.

En plus des vocabulaires imaginaires, des notes étymologiques, des grammaires fictives, Tolkien dessinait ses propres alphabets…
C. D. : Cela donne un code graphique et une unité à son univers, ça lui permet de se différencier profondément. C’est l’élément le plus visible, mais ce qui lui demande le plus de travail, c’est la partie étymologique, la construction de la syntaxe, les relations entre les langues. Ces alphabets sont un peu comme ces cartes qu’il dessine, c’est un support, un appui qui lui permet parfois de projeter une scène pour visualiser ce qu’il narre, ce qui passionne ses lecteurs, mais ce n’est pour Tolkien qu’un outil préparatoire.

Tolkien s’appuie sur de vraies mythologies, comme avec sa version du mythe de l’Atlantide…
C. D. : Dès sa jeunesse, Tolkien fait une sorte de cauchemar obsédant dans lequel une vague immense surgit et menace d’engloutir un monde rêvé où il se trouve. C’est l’idée de catastrophe, de submersion qu’il exprime sous forme de récit en référence à l’Atlantide de Platon. Dans un projet inachevé, les Notion Club Papers, l’un des personnages est un double de Tolkien qui explique que l’Atlantide a réellement existé, qu’elle s’appelle en fait Númenor et que Platon en a conté sa propre version. Jouant sur les mots comme « Atlantide » qu’il transforme en « Atalante », autre forme grecque, puis en « Númenor », il met en scène son rapport au grec, en revendique l’héritage tout en s’amusant avec lui et avec son lecteur.


Dictionnaire Tolkien, Vincent Ferré (dir.), CNRS Éditions, 2012, 670 p., 38,45 €

Notes
1. Docteur en langue et littérature grecques, Charles Delattre est maître de conférences à l’université Paris-Ouest et membre du laboratoire Archéologies et sciences de l’Antiquité (CNRS/Univ. Paris-Ouest/Univ. Paris-I/MCC/Inrap).

Source : https://lejournal.cnrs.fr/articles/chez-tolkien-lamour-des-mots-precede-lintention-mythologique
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